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DICK1969 Ubik

Philip Kindred DICK, Ubik, 1969, traduction Alain DORÉMIEUX, Paris, Éditions Robert Laffont, 1970.

DICK1969.1 Cf. Dick, Ubik, op. cit., p. 14-15 : Défendez votre intimité, proclamaient-elles partout et à chaque moment. Est-ce qu’un étranger n’est pas à l’affût de vos pensées ? Êtes-vous vraiment seul ? Cela concernait les télépathes… mais il y avait aussi les nauséeuses causes de souci dues aux précognitifs. Vos actes sont-ils prédits par quelqu’un que vous n’avez jamais rencontré ? Quelqu’un que vous ne tiendriez pas à connaître ni à inviter chez vous ? Mettez fin à votre anxiété ; contactez le plus proche organisme de protection qui vous fera savoir si vous êtes ou non victime d’intrusions psychiques interdites et qui, sur vos instructions, les neutralisera – ceci pour un prix modéré.

DICK1969.2 Cf. Dick, Ubik, op. cit., p. 284 : Je suis Ubik. Avant que l’univers soit, je suis. J’ai fait les soleils. J’ai fait les mondes. J’ai créé les êtres vivants et les lieux qu’ils habitent ; Je les y ai transportés, je les y ai placés. Ils vont où je veux, ils font ce que je dis. Je suis le mot et mon nom n’est jamais prononcé, Le nom qui n’est connu de personne. Je suis appelé Ubik, mais ce n’est pas mon nom. Je suis. Je serai toujours.

BELL2012 La Théorie de l’information

Aurélien BELLANGER, La Théorie de l’information, Paris, Gallimard, 2012.

BELL2012.1 Cf. Bellanger, La Théorie de l’information, op. cit., p. 95 : Le démon de Maxwell parvient en effet à recharger le potentiel énergétique du réservoir sans prendre d’énergie aux molécules qu’il contient, mais en extrayant des informations sur leur état. L’information, dès lors, serait une forme d’entropie négative, permettant de rétablir les conditions initiales perdues des systèmes temporels.

BELL2012.2 Cf. Bellanger, La Théorie de l’information, op. cit., p. 253 : Un an après son article pionnier, qui ouvrait une ère nouvelle, baptisée ère de l’information, Shannon publia un autre article important, Communication in the Presence of Noise, qui allait faire basculer l’humanité dans l’âge numérique. Shannon y démontrait en effet, en s’appuyant sur la théorie de l’information, la validité du théorème d’échantillonnage de Nyquist, qui expliquait comment décrire une fonction continue avec des données discrètes. Il ouvrait ainsi la voie aux multiples méthodes de codage qui allaient permettre de transformer les phénomènes du monde physique en données informatiques binaires.

BELL2012.3 Cf. Bellanger, La Théorie de l’information, op. cit., p. 253-254 : Œuvre d’un ingénieur, la théorie de l’information remodela le monde comme aucune autre théorie avant elle. Hésitant entre les mathématiques pures et la physique théorique, elle fut surtout comprise comme un programme accéléré de désapprentissage de la réalité – elle substituait à l’encombrant concept de causalité le concept plus souple de communication à distance entre objets séparés.

BELL2012.4 Cf. Bellanger, La Théorie de l’information, op. cit., p. 269 : Les thermodynamiciens, explorant l’analogie entre la formule de Boltzmann et celle de Shannon, renouvelèrent leur compréhension de l’entropie, en la décrivant comme un déficit d’information sur l’état d’un système, et rebaptisèrent en ce sens l’information néguentropie.

BELL2012.5 Cf. Bellanger, La Théorie de l’information, op. cit., p. 317 : La théorie mathématique de la communication apporta à la cybernétique, science du contrôle des systèmes complexes, les fondements théoriques qui lui manquaient.

BELL2012.6 Cf. Bellanger, La Théorie de l’information, op. cit., p. 355 : Il se documenta également sur Gödel, et découvrit que le logicien avait offert à Einstein, pour ses soixante-dix ans, une solution aux équations de la relativité générale qui rendait les voyages dans le temps envisageables : l’auteur du théorème d’incomplétude voyait-il là une manière de sauver la rationalité de l’univers, en permettant, à la première apparition d’une anomalie logique, d’en reprogrammer l’axiomatique ?

BELL2012.7 Cf. Bellanger, La Théorie de l’information, op. cit., p. 392-393 : Le structuralisme triomphe rapidement, et vient constituer une axiomatique générale commune à l’anthropologie, à la philosophie, à la sociologie et à la critique littéraire.

BELL2012.8 Cf. Bellanger, La Théorie de l’information, op. cit., p. 446 : Facebook était simple et fonctionnel. Facebook reproduisait strictement l’abstraction mathématique de l’univers relationnel humain.

BELL2019 Le continent de la douceur

Aurélien BELLANGER, Le continent de la douceur, Paris, Gallimard, 2019.

BELL2019.1 Cf. Bellanger, Le continent de la douceur, op. cit., p. 118 : les mathématiciens classiques ont une fâcheuse tendance à prendre pour certaines des vérités inaccessibles – il n’existe pas, pour Gorinski, de vérités détachées et pures, seulement des vérités qu’on démontre. Mieux encore, car sa théorie se limiterait sans cela à une énième version du constructivisme : il n’existe pas de vérité en dehors du temps, et en dehors d’un esprit capable de la ressentir. C’est cela que Gorinski appelle l’intuition. Le sentiment de la vérité mathématique, les mathématiques comme sens de la vérité, au même titre que le toucher est le sens de la solidité.

BELL2019.2 Cf. Bellanger, Le continent de la douceur, op. cit., p. 133 : La question de la fondation des mathématiques était, depuis toujours, au cœur des recherches de Verninkt, elle était une dimension essentielle de son travail de chercheur, commencé par une thèse sur le paradoxe de Russell, puis continué, à l’université catholique de Louvain, par deux décennies d’enseignement centrées sur l’histoire du formalisme mathématique en Europe, entre 1879 – parution de l’Idéographie de Frege – et 1936 – parution de l’article de Turing sur la calculabilité. Soit le dernier âge d’or des mathématiques européennes et leur crise grandiloquente, quand le monde, apeuré, après avoir tout reçu de l’Occident – le calcul infinitésimal, l’analyse harmonique, l’infini de Cantor –, après avoir scrupuleusement appliqué le programme, et construit, comme des exercices de mathématiques appliquées, un pont à Brooklyn et sur le Bosphore, un canal en Égypte et au Panamá, des tunnels sous toutes les montagnes, avait soudain appris que, si les fondations des mathématiques étaient introuvables, celles de tout édifice construit selon leurs lois étaient peut-être corrompues à leur tour.

BELL2019.3 Cf. Bellanger, Le continent de la douceur, op. cit., p. 134 : La théorie des ensembles serait réparée par Zermelo, d’abord, puis par Fraenkel, au prix d’un léger renoncement à sa simplicité initiale, qui excluait par décret le barbier problématique de sa corporation. On appelait ce décret “l’axiome du choix” et c’est en l’explicitant que Verninkt perdait chaque année l’attention de la grande majorité de ses étudiants. Mais il parvenait, in extremis, à les remobiliser en invoquant Gödel, la star incontestée de la logique mathématique. Le concept d’axiomatique, l’esprit même du formalisme européen d’avant-guerre, volait là en éclats pour toujours.

BELL2019.4 Cf. Bellanger, Le continent de la douceur, op. cit., p. 136 : même de façon posthume, le prestige d’Hilbert écrasait celui de Gorinski, et l’intuitionnisme était considéré, au mieux, comme un courant mineur et folklorique. Les grands historiens des mathématiques français le négligeaient généralement, traçant une ligne droite qui reliait, par-dessus les inutiles tourments des années 30 et les très périphériques paradoxes de Gödel, le formalisme des années 1900 à sa miraculeuse résurgence dans l’axiomatique du mouvement Bourbaki.

BELL2019.5 Cf. Bellanger, Le continent de la douceur, op. cit., p. 137-138 : on avait là une définition possible de la révolution informatique, comme victoire, inattendue et totale, de l’intuitionnisme gorinskien. Mieux, cette révolution informatique serait aussi une révolution – Verninkt le pressentait – dans la façon de faire et de penser les mathématiques, grâce à la mécanisation du calcul et à l’automatisation de la preuve, permises par l’usage intensif de machines indifférentes à la notion métamathématique de vrai et de faux : des machines intuitionnistes.

BELL2019.6 Cf. Bellanger, Le continent de la douceur, op. cit., p. 166 : Tous les systèmes philosophiques, lui avait expliqué Verninkt, pouvaient être classés selon les réponses qu’ils apportaient à l’aporie de Diodore – ou selon les propositions qu’ils choisissaient de rejeter, plutôt, car l’aporie tenait à trois propositions, individuellement incontestables, mais qui ne pouvaient être vraies toutes les trois ensemble. La première proposition disait que le passé était inéluctable. Si c’était cette inéluctabilité qui posait le plus de problèmes aux hommes, elle était théoriquement bien acceptée, sauf par quelques rares théoriciens de l’éternel retour. La deuxième proposition, presque une tautologie de logicien, affirmait que le possible ne pouvait procéder de l’impossible, et inversement. La troisième proposition était la plus fragile, mais la plus évidente aussi. Elle postulait qu’il existait du possible qui ne se réalisait pas. On touchait là au sens profond de l’existence humaine, au perpétuel défilement d’une liberté impermanente.

BELL2019.7 Cf. Bellanger, Le continent de la douceur, op. cit., p. 181 : En 1814, quand Laplace avait imaginé son démon, une sorte de calculateur capable d’inférer de façon infaillible l’état de l’Univers à n’importe quel moment du temps à partir de la configuration présente, l’hypothèse démoniaque avait ainsi triomphé.

BELL2019.8 Cf. Bellanger, Le continent de la douceur, op. cit., p. 239-240 : Ida se rappela ce que lui avait dit Verninkt, un jour, et qui tenait lieu selon lui de définition minimale de l’intuitionnisme : c’étaient des gens qui avaient horreur des démonstrations. Le problème, c’est que cela pouvait déboucher sur deux attitudes radicalement opposées : s’en remettre à des machines pour faire les démonstrations à leur place, ou parier sur l’existence d’un mystérieux sens mathématique, d’une modalité quasi divine du fonctionnement de l’esprit humain, capable d’atteindre seul, sans calcul, sans étapes intermédiaires, peut-être sans preuves, des îlots de vérités isolés.

BELL2019.9 Cf. Bellanger, Le continent de la douceur, op. cit., p. 240 : cette conception intuitionniste qui voulait que les mathématiques n’existent que dans le temps, ne puissent se déployer que dans une histoire réelle, soient du temps déployé

ADAM1979 Le Guide du Routard Galactique

Douglas ADAMS, Le Guide du Routard Galactique, Traduit de l’anglais par Jean BONNEFOY, Paris, Éditions Denoël, 1979, 1982 pour la traduction française.

ADAM1979.1 Cf. Adams, Le Guide du Routard Galactique, op. cit., p. 80-81 : Le Babel Fish, expliquait tranquillement Le Guide du routard galactique, est petit et jaune ; il ressemble à une sangsue et c’est sans doute la chose la plus bizarre de l’univers : il vit en effet de l’énergie des ondes cérébrales émises non pas par son hôte mais par tous ceux qui l’environnent. C’est en absorbant toutes les fréquences mentales inconscientes desdites ondes qu’il tire sa subsistance. Il excrète ensuite dans l’esprit de son hôte une matrice télépathique formée en combinant les fréquences des pensées conscientes avec les influx nerveux recueillis au niveau des centres d’élocution du cerveau qui les a générés. Cela dit, qu’une créature aussi incroyablement utile ait pu évoluer purement par hasard relève d’une coïncidence si bizarrement improbable que certains penseurs ont cru bon d’y voir une preuve définitive et sans appel de la non-existence de Dieu. Leur argumentation se développe à peu près ainsi : “Je refuse de prouver que j’existe, dit Dieu, car prouver c’est renier la foi et sans foi, je ne suis plus rien. – Pourtant, remarque l’Homme, le Babel Fish en dit long sur le sujet, non ? Son évolution ne saurait être le seul fruit du hasard. Il prouve votre existence et donc, selon votre propre théorie, vous n’existez pas. C.Q.F.D. – Sapristi, s’exclame Dieu. C’est que je n’avais pas pensé à ça !” et sur-le-champ il disparaît dans une bouffée de logique. – Bah, c’était facile”, dit l’Homme puis – en guise de rappel – il se met à prouver sur sa lancée que le noir est blanc et finit écrasé sur le premier passage pour piétons. La plupart des théologiens de renom estiment que cette argumentation ne vaut pas un pet de lapin mais cela n’a pas empêché Oolon Colluphid de ramasser une petite fortune en en faisant le thème central de son dernier succès : Eh bien, voilà qui règle enfin la question de Dieu. Entre-temps, en supprimant effectivement toutes les barrières aux communications entre les diverses races et cultures, ce pauvre Babel Fish était à l’origine de plus de guerres et de massacres sanglants que n’importe quelle autre cause dans l’histoire de la création. Le résultat pratique de tout cela est qu’il vous suffit de glisser un Babel Fish dans votre oreille pour instantanément comprendre tout ce que l’on vous dit et ce, dans n’importe quelle langue. Les structures linguistiques effectivement entendues sont le décodage de la matrice d’ondes cérébrales injectées dans votre esprit par le Babel Fish.

ADAM1979.2 Cf. Adams, Le Guide du Routard Galactique, op. cit., p. 104-106 : Un ordinateur bavardait tout seul, mis en alerte par une porte de sas qui s’était ouverte et refermée sans raison apparente. En fait, c’était parce que la Raison s’était mise à débloquer. Un trou venait d’apparaître dans la Galaxie. Pour être précis, durant un millième de seconde, un trou large d’un millième de millimètre et long d’un bon paquet de millions d’années-lumière d’une extrémité à l’autre. […] Le millième de seconde durant lequel exista le trou, ricocha d’une manière des plus improbables, d’un bout à l’autre de l’échelle du temps. Quelque part dans le tréfonds du passé, il traumatisa sérieusement un petit groupe d’atomes quelconques à la dérive dans le vide stérile de l’espace et les fit se réunir selon les structures les plus extraordinairement improbables, lesquelles structures ne tardèrent pas à apprendre à se copier toutes seules (c’était en partie là ce qui les rendait aussi extraordinaires) avant de s’avérer la cause de troubles considérables sur toutes les planètes où elles devaient échouer. C’est ainsi que commença la vie dans l’univers. […] L’univers réel disparut en se cabrant horriblement derrière eux. Diverses imitations de celui-ci passèrent en voltigeant silencieusement, agiles comme des cabris. Une explosion de lumière primordiale éclaboussa l’espace-temps comme gouttelettes de lait caillé. Le temps s’épanouit. La matière se contracta. Le plus grand des nombres premiers se recroquevilla tranquillement dans un coin et se laissa définitivement oublier. […] L’univers tressauta, se figea, frémit puis se répandit dans plusieurs directions fort inattendues.

ADAM1979.3 Cf. Adams, Le Guide du Routard Galactique, op. cit., p. 121 : Le Guide du routard galactique définit le service commercial de la Compagnie cybernétique de Sirius comme “un ramassis de pauvre mecs stupides qui finiront par se retrouver les premiers contre le mur le jour de la révolution”, avec une note indiquant que la rédaction du Guide était intéressée par toute candidature pour reprendre le poste de spécialiste en robotique.

ADAM1979.4 Cf. Adams, Le Guide du Routard Galactique, op. cit., p. 133 : O.K., poursuivit l’ordinateur. Eh bien, voici une petite indication non dénuée d’intérêt : avez-vous jamais remarqué que l’existence de la plupart des gens est gouvernée par des numéros de téléphone ?

ADAM1979.5 Cf. Adams, Le Guide du Routard Galactique, op. cit., p. 142 : Le Cœur-en-Or volait en silence à travers la nuit de l’espace, utilisant à présent sa propulsion photonique conventionnelle. Ses quatre passagers éprouvaient comme un malaise à l’idée que leur réunion n’était le fait ni de leur volonté ni d’une simple coïncidence mais le résultat de quelque curieuse perversion de la physique – comme si les relations entre les gens étaient soumises aux mêmes lois que celles gouvernant les relations entre atomes et molécules.

ADAM1979.6 Cf. Adams, Le Guide du Routard Galactique, op. cit., p. 144 : Il avait élevé l’imprévisibilité au rang d’une œuvre d’art. Il s’attaquait à toutes les choses de la vie avec un mélange d’extraordinaire génie et de naïve incompétence et bien souvent il était difficile de distinguer l’un de l’autre.

ADAM1979.7 Cf. Adams, Le Guide du Routard Galactique, op. cit., p. 209-210 : Il se pose bien entendu nombre de problèmes concernant la vie parmi lesquels les plus populaires sont : Pourquoi les gens naissent-ils ? Pourquoi meurent-ils ? Et pourquoi cherchent-ils dans l’intervalle à porter le plus souvent possible une montre à quartz numérique ? Il y a des milliers de millions d’années, une race d’hyper-intelligences pan-dimensionnelles (dont la manifestation physique au sein de leur propre univers pan-dimensionnel n’était pas fort différente de la nôtre) en eut tellement marre de ces querelles perpétuelles sur la signification de la vie, querelles qui interrompaient sans cesse leur passe-temps favori, l’Ultra-cricket pèlerin (un jeu curieux où les gens se tapent soudain dessus sans raison immédiatement apparente, avant de détaler à toute vitesse), qu’elles décidèrent de s’asseoir un moment pour résoudre leurs problèmes une bonne fois pour toutes. Et, à cette fin, elles se construisirent un stupéfiant super-ordinateur si fantastiquement intelligent qu’avant même d’être raccordé à ses banques de données, il en était, partant de : Je pense donc je suis, déjà parvenu à en déduire l’existence du gâteau de semoule et de l’impôt sur le revenu avant qu’on ait eu le temps de l’éteindre. Il avait la taille d’une petite bourgade.

ADAM1979.8 Cf. Adams, Le Guide du Routard Galactique, op. cit., p. 215-217 : – Nous sommes, dit Majesthique, des Philosophes. […] Contentez-vous de laisser aux machines les additions, avertit Majesthique, et nous on s’occupe des vérités éternelles, ça va, merci. Vous voulez vérifier le bien-fondé juridique de notre position ? Allez-y, l’ami ! D’après les textes, la Quête de l’Ultime Vérité est tout à fait nettement l’inaliénable prérogative de vos travailleurs intellectuels. Qu’une foutue machine s’y mette et la trouve effectivement et on se retrouve illico au chômage, pas vrai ? Si vous préférez, à quoi bon veiller la moitié de la nuit à disputer de l’existence ou de la non-existence de Dieu quand cette sacré bon Dieu de machine pourra tourner et vous donner dès le lendemain matin son numéro de téléphone personnel ? – C’est exact, brama Broumcalin, nous exigeons une stricte définition des zones de doute et d’incertitude ! […] – Tout ce que je voulais dire, beugla l’ordinateur, c’est que mes circuits sont désormais irrévocablement dévolus au calcul de la Réponse à la Question Ultime de l’Univers, de la Vie et du Reste…” (il marqua une pause, satisfait d’avoir à présent obtenu l’attention de tout le monde, avant de poursuivre plus sereinement) “toutefois, le déroulement de ce programme va me prendre un petit moment.

ADAM1979.9 Cf. Adams, Le Guide du Routard Galactique, op. cit., p. 230 : Je ne parle pas d’autre chose que de l’ordinateur qui doit me succéder”, déclama Pensées Profondes en retrouvant son ton oratoire coutumier. “Un ordinateur dont je ne saurais encore calculer les simples paramètres de fonctionnement – mais que je concevrai néanmoins pour vous. Un ordinateur susceptible de calculer la Question à l’Ultime Réponse. Un ordinateur d’une si infiniment subtile complexité que la vie organique elle-même fera partie intégrante de ses unités de calcul. Et vous-mêmes prendrez forme nouvelle et pénétrerez dans l’ordinateur pour naviguer au long des dix millions d’années de son programme ! Oui ! Et je concevrai cet ordinateur pour vous. Et le nommerai également pour vous. Et on l’appellera… La Terre.

DAMA2019 Les furtifs

Alain DAMASIO, Les furtifs, Paris, Éditions La Volte, 2019.

DAMA2019.1 Cf. Damasio, Les furtifs, op. cit., p. 298-299 : Je comprends tellement que ce monde rêve d’un envers ! De quelque chose qui lui échapperait enfin, irrémédiablement, qui serait comme son anti-matière, le noir de sa lumière épuisante ! L’abracadata qui échapperait par magie à toutes les datas ! Je comprends que la fuite, Lorca, la liberté pure, l’invisibilité qui surgirait au cœur du panoptique, soient les fantasmes les plus puissants que notre société carcélibérale puisse produire comme antidote pour nos imaginaires.

DAMA2019.2 Cf. Damasio, Les furtifs, op. cit., p. 348-349 : — Moi ce qui me gêne le plus, c’est ce que ça induit politiquement. On ne peut plus faire un pas sans être tracé. Il y a comme un Parlement des machines qui décide dans notre dos. Nous sommes gouvernés par des algorithmes. Mais on ne décide jamais de leurs critères ! On ne discute pas du programme, ni des arbitrages qu’ils vont faire pour nous. Ce sont des boîtes noires. Ça nous rend dépendants. Le système nous gère… – Je suis complètement d’accord avec vous. Vous savez, tout ce qui peut être numérisé le sera ! Tout ce qui peut être interconnecté le sera ! C’est l’avenir ! Rien ne doit plus exister de façon isolée. […]— Ce qu’ils veulent, je vais vous dire : c’est que l’informatique soit fondue dans les comportements. Ils veulent une techno sans couture, qu’on remarque plus, qu’on sente plus. La meilleure des technos, c’est la techno qui disparaît. “Tout se contente de fonctionner”, voilà. Comme ça, tu peux pas te plaindre.

DAMA2019.3 Cf. Damasio, Les furtifs, op. cit., p. 441 : Il y a un moment où le big data et son exhaustivité sont des freins à la recherche, soldats. Il faudra faire confiance à l’intuition d’Agüero.

DAMA2019.4 Cf. Damasio, Les furtifs, op. cit., p. 500 : Naïme, de son côté, sent que la fougue redevient première, pionnière, et qu’elle va obliger le pouvoir à s’ajuster, avec retard, sûrement mal, parce qu’il ne sait plus affronter le vivant. Sa logique algorithmique le rend incapable d’anticiper ce qui ne relève plus du calcul et de l’intérêt computé, mais du don et de l’excès.

DAMA2019.5 Cf. Damasio, Les furtifs, op. cit., p. 549 : Les vidéos avaient cristallisé ma mémoire organique sur une série d’images, chacune lyophilisant dans un sachet ce qui était auparavant gorgé de sensations floues, de chaleur d’été, de fatigues rémanentes ou d’atmosphères complexes, lesquelles retenaient de ces instants beaucoup plus que dix minutes de film de famille. C’était comme si la vidéo plastronnait “voici la vérité” et qu’elle rejetait dans le hors-champ l’essentiel de ce qui réticule un événement qui reste.

HAMI1992 Le problème de Turing

Harry HARRISON et Marvin MINSKY , Le problème de Turing, Paris, Éditions Robert Laffont, 1994 pour la traduction française de The Turing Option, 1992.

HAMI1992.1 Cf. Harrison & Minsky, Le problème de Turing, op. cit., p. 33-34 : Des milliers d’heures de programmation ont été nécessaires pour reproduire ce que notre cerveau accomplit instantanément. Quand je dis dog, vous savez instantanément ce que je veux dire, pas vrai ? — Évidemment. — Vous savez comment vous y êtes arrivé ? — Non. J’ai fait ça instinctivement. — Cet “instinctivement” est le premier problème qu’on affronte dans l’étude de l’intelligence artificielle. Maintenant voyons ce que fait l’ordinateur lorsqu’il entend dog. Pensez aux accents régionaux et étrangers. La voyelle peut être étirée, voire diphtonguée – les variantes sont innombrables. L’ordinateur décompose le mot en phonèmes ou unités sonores, puis examine d’autres mots que vous venez de prononcer. Il les compare aux sons, aux structures et aux significations stockées dans sa mémoire, puis utilise un ensemble de circuits pour voir si ses premiers essais ont un sens ; dans le cas contraire, il recommence tout. Il se souvient de ses réussites et s’y réfère lorsqu’il est confronté à de nouveaux problèmes. Par bonheur, il travaille très, très vite. Il se peut qu’il doive exécuter des milliards d’opérations avant de pouvoir imprimer “dog”.

HAMI1992.2 Cf. Harrison & Minsky, Le problème de Turing, op. cit., p. 190 : Aujourd’hui, les machines peuvent penser de nombreuses façons, peuvent percevoir et même comprendre. Elles seront bientôt capables de mieux penser, de comprendre, d’éprouver des émotions…

HAMI1992.3 Cf. Harrison & Minsky, Le problème de Turing, op. cit., p. 225-227 : — […] J’ai déjà fait quelques programmes préliminaires sur le portable, mais il n’est tout bonnement pas adapté au genre de mise au point que j’ai besoin de faire. Il me faut une vitesse d’exécution très supérieure à celle de ce brave engin de cartable. Et beaucoup plus de mémoire. Je me sers de bases de données extrêmement volumineuses qu’il faut conserver en mémoire. Sans mémoire, il ne peut y avoir de connaissance. Et sans connaissance, il ne peut y avoir d’intelligence. Je suis bien placé pour le savoir ! — Es-tu en train de me dire que l’intelligence n’est que mémoire ? […]. Je ne peux pas le croire. — Bon, c’est quelque chose comme ça, mais pas exclusivement. À mon avis, il faut deux choses pour que la pensée fonctionne, et toutes les deux sont fondées sur la mémoire. Et là, je ne fais pas de différence entre un homme et une machine. D’abord, vous avez besoin de vos processus : les programmes qui font le vrai travail. Et puis vous avez besoin de la matière sur laquelle ces programmes vont travailler : vos connaissances, les enregistrements de vos expériences. Et les programmes eux-mêmes comme les connaissances qu’ils utilisent doivent résider en mémoire. — Je ne peux pas discuter là-dessus […]. Mais on a sûrement besoin d’autre chose, en plus du mécanique pur. Le moi qui est moi doit quand même être encore là quand je ne me sers pas de ma mémoire, parce que… — À quoi servirait un moi qui ne fait absolument rien ? — Sans lui […], nous n’aurions qu’un ordinateur. Qui travaille, mais qui n’a pas d’émotions. Qui parle, mais qui ne comprend pas. La pensée doit sûrement impliquer autre chose que le simple processus mémoriel. Il doit y avoir aussi quelque chose pour déclencher le processus de désir et d’intention, et il doit y avoir quelque chose pour apprécier ce qui est éventuellement accompli et ensuite vouloir autre chose. Tu sais, l’espèce d’esprit central qui semble siéger au centre de mon cerveau, qui comprend ce que les choses signifient réellement, qui est conscient de lui-même et de ce qu’il peut faire. […] — Esprit, mon œil ! Je ne crois pas que nous ayons besoin d’une chose pareille. Une machine n’a pas besoin d’une quelconque force magique qui lui ferait faire tout ce qu’elle fait. Parce que chaque état présent suffit à déterminer l’état suivant. Si vous aviez cet esprit dans la tête, il ne ferait que vous empêcher de penser. L’esprit est simplement ce que fait le cerveau. Le problème, c’est que, dans l’état actuel de la technologie, nous ne pouvons faire une copie parfaite du cerveau humain. — Pourquoi pas ? Je croyais que c’était précisément ce que tu étais en train de faire. — Alors vous vous êtes trompé. Il nous faut seulement obtenir des éléments qui ont des fonctions similaires, et non des copies exactes. — Mais si tu ne dupliques pas tous les détails, la pensée ne sera pas identique, n’est-ce pas ? — Pas exactement, mais ça ne devrait pas avoir d’importance du moment que la machine fait le genre de choses qu’il faut, non ? Ma recherche consiste seulement à découvrir les principes généraux, les structures fonctionnelles de base. Une fois que la machine sera capable d’apprendre le genre de choses qu’il faut, elle ajoutera elle-même les petits détails.

GIST1991 La machine à différences

William GIBSON et Bruce STERLING, La machine à différences, 1991, traduction Bernard SIGAUD, Paris, Éditions Robert Laffont, 1997, 2010.

GIST1991.1 Cf. Gibson & Sterling, La machine à différences, op. cit., p. 308 : Babbage est le jouet des capitalistes.

GIST1991.2 Cf. Gibson & Sterling, La machine à différences, op. cit., p. 328 : Marx a emprunté une grande part de sa théorie à lord Babbage